« La Guerre du Vin » de Jean-Michel Martin : Un combat oublié qui résonne toujours
Pour les passionnés d’histoire contemporaine et de viticulture, un ouvrage essentiel vient de paraître. Dans « La guerre du vin », Jean-Philippe Martin signe un récit puissant sur un épisode dramatique et méconnu : la guerre du vin, ce conflit qui a bouleversé le Languedoc il y a 50 ans.
Le 4 mars 1976, Antenne 2 annonçait un événement tragique : « Il s’est passé aujourd’hui des événements extrêmement graves dans la région de Narbonne (…) Des manifestants ont ouvert le feu sur des CRS, les forces de l’ordre ont riposté… bilan : deux morts, une vingtaine de blessés. » Ce choc secoua la France entière. Deux hommes, Joël Le Goff, commandant de CRS, et Émile Pouytes, viticulteur engagé, perdirent la vie à Montredon-des-Corbières. Pourtant, aujourd’hui, peu se souviennent de ce drame ni des combats acharnés des vignerons du Midi.
Dans son livre, Jean-Philippe Martin revisite cette page sombre avec rigueur et empathie. Il retrace les causes profondes d’un mouvement de protestation qui naquit d’une crise économique et sociale grave. Face à l’inaction des pouvoirs publics et à la précarité grandissante, les viticulteurs durent sortir des formes traditionnelles de contestation. Barrages, manifestations classiques ne suffisaient plus : actions clandestines, opérations nocturnes et parfois illégales prirent le relais.
Au-delà du simple récit historique, cet ouvrage redonne voix aux acteurs de l’époque, témoignant de leurs espoirs, de leurs colères et de leur détermination à défendre une terre et un mode de vie. C’est un hommage vibrant à ceux qui ont lié leur existence au vignoble, un retour indispensable sur une lutte souvent oubliée, mais toujours d’actualité.
« La Guerre du Vin » s’impose donc comme une lecture incontournable pour comprendre non seulement un conflit passé, mais aussi les enjeux persistants qui touchent le monde viticole aujourd’hui.
Extrait marquant
« L’enlisement de la crise des années 1970 et les perspectives moroses qui en découlent contraignent le mouvement viticole à interroger son répertoire d’actions et ses alliances. Manifestement, les défilés et les barrages classiques laissent les pouvoirs publics indifférents. Les vignerons rappellent qu’ils ne peuvent pas faire grève. Alors, au fil des mois, le recours à des actions illégales devient de plus en plus fréquent et massif. Les comités mènent des actions organisées dans le secret, qui se déroulent de nuit comme de jour, à visage découvert. »
Un livre à lire pour ne pas oublier que derrière une bouteille se cache parfois une histoire de lutte et de résilience.
À propos de l’auteur
Jean-Philippe Martin, agrégé et docteur en histoire, a enseigné au lycée Jean-Monnet à Montpellier. Il est l’auteur de plusieurs articles sur les courants qui ont donné naissance à la Confédération paysanne. Il a notamment publié Paysannes, Histoire de la cause des femmes dans le monde agricole (des années 1960 à nos jours), Éditions de l'Atelier, 2025 ; Histoire de la nouvelle gauche paysanne, La Découverte, 2005 ; et Des paysans écologistes, Champ Vallon, 2023.
« La guerre du vin » Jean-Michel Martin Éditions de l’Atelier PVC 18 euros